top of page
_edited.jpg

Le blog

Le niyama Svādhyāya – La quête de soi

Dernière mise à jour : 6 déc. 2023

Retour sur niyama, l’aṅga des disciplines personnelles

Niyama dans les Yoga sūtra de Patañjali

Le chapitre 2 des Yoga sūtra de Patañjali, qui s’adresse plutôt à ceux qui sont sur le début de la voie spirituelle, rappelle que les buts du yoga sont l’atténuation des souffrances et l’émergence de l’état de contemplation complète (sūtra 2.2) et que seul celui qui discerne (sūtra 2.15) perçoit la douleur produite par le conditionnement mental, étant entendu (sūtra 2.28) que ce discernement (viveka) peut être atteint par le respect des 8 membres du yoga (aṅga), dont les niyama.


Une définition de niyama

Rappelons d’abord que le mot aṅga signifie membre, partie, subdivision. Pour T.K.V Desikachar (fils et étudiant de celui qui est considéré aujourd’hui comme le père du yoga moderne Sri Krishnamacharya), ce terme sous-entend qu’à l’instar du corps, tous les membres doivent grandir simultanément.


D’après le dictionnaire Héritage sanskrit, niyama a la définition suivante :

niyama [act. niyam] m. répression, restriction, limitation, abstinence ; retenue, réserve ; discipline, observance, pénitence ; pratique résultant d'un vœu | soc. la discipline morale, deuxième étape du rājayoga, consistant en la pratique d'exercices spirituels pour acquérir 5 vertus : la pureté [śauca], la modération (contentement de peu) [saṃtoṣa], la force d'âme (acquise par l'ascèse) [tapas], la connaissance (acquise par la lecture des textes sacrés) [svādhyāya], et la foi (acquise par la méditation) [īśvarapraṇidhāna] ; cf. aṣṭāṅgayoga | pl. niyamās règles ; réglement.


Regardons de plus près l’étymologie de niyama :

niyam [ni-yam] v. [1] pr. (niyacchati) pp. (niyata) pf. (vi, sam) retenir, réprimer, restreindre ; régir, discipliner, régler, fixer — ca. (niyamayati) id. vācaṃ niyaccha tiens ta langue !

ni pf. à l'intérieur, en bas, sous | manque de, dépourvu de, cessation de.

Et

yam [relié à yat_1] v. [1] pr. (yacchati) pft. (yayāma) pft. r. (yeme) pp. (yata) pf. , ut, upa, ni, pra, sam) tenir, brandir ; soutenir, porter ; maintenir, conserver, procurer ; retenir, refréner — pr. r. (yacchate) retenir ; contrôler, refréner, subjuguer, maîtriser ; se contrôler | offrir, conférer, accorder à <dat. loc.> | donner en échange contre <prati-abl.> — ca. (yamayati) pp. (yamita) tenir, retenir, refréner.


Que l’on pourrait traduire mot à mot par : ne pas cesser, sans contrôler…ou comme retenu dans la proposition du dictionnaire Héritage, observance, discipline.


Niyama est donc une discipline personnelle que nous adressons à nous-même, par complémentarité avec les yama qui évoquent plutôt nos relations aux autres et donc indirectement à nous-mêmes.


Svādhyāya – La quête de soi

Quelques définitions

Revenons à l’analyse étymologique du terme svādhyāya. Le dictionnaire Sanskrit Heritage nous aide à mieux comprendre les différentes interprétations de svādhyāya.


La définition proposée par ce dictionnaire est :

Svādhyāya [sva-adhyāya] m. soc. récitation privée (not. de textes sacrés, du Veda) ; c'est un pañcopāsana selon Rāmānuja | phil. la connaissance (acquise par la lecture des textes sacrés), une des disciplines [niyama] du yoga | phil. not. discipline de la connaissance du Soi [adhyātmajñāna].

Avec

Sva pn. m. n. f. svā son, sa, ses | (pronom réfléchi, aux cas obliques) cf. ātman — a. m. n. f. svā propre, personnel — m. homme de sa propre famille, de son peuple [«l'un des siens»] ; relation, ami, allié — n. son propre soi, son ego — m. n. son propre bien, sa fortune — f. svā soc. femme de sa propre caste || lat. sūs; fr. soi.

Et

Adhyāya [act. adhī] m. récitation, lecture (not. du Veda) ; leçon ; étude | lit. chapitre (le Ṛgveda en comporte 64, chacun composé d'une trentaine de sections [varga]) | leçon, subdivision d'un livre [kāṇḍa] du Śatapatha brāhmaṇa ; elle se compose de chapitres [brāhmaṇa] | langue védique ; opp. bhāṣā — agt. a. m. n. f. adhyāyī ifc. qui récite — f. adhyāyī ifc. lit. chapitre de <iic.>.


Il est également possible de décomposer étymologiquement svādhyāya en sva et dhyāyat (racine dhyā) qui signifie « qui contemple, qui médite sur ». Dans ce cas, svādhyāya signifierait « qui médite sur soi ».


Cela explique certainement le fait que les interprétations que nous pouvons trouver sont plutôt variées, allant de l’étude de textes sacrés jusqu’à l’étude de soi. Les plus opportunistes argueront qu’il s’agit certainement de la découverte de soi par la lecture de textes sacrés.


Jacques Choque, auteur de plusieurs ouvrages sur le yoga disait cette phase que je partage :

Svâdhyâya, c’est l’étude du livre intérieur écrit, lu et corrigé par le sujet lui-même. Observant son comportement, il comprend les causes de ses actes et ainsi peut transformer, si nécessaire, un ou plusieurs éléments de la mosaïque qui compose son être.


Svādhyāya dans la Bhagavad Gītā

Faisons un petit retour en arrière, et revenons à la Bhagavad Gītā, qui s’inscrit dans l’épopée du Mahabāratha, récit dont les origines seraient antérieures à l’ère chrétienne et donc antérieures aux yogasūtra de Patanjali.


Rappelons que ce récit, qui compte plus de 100 fois le terme yoga, conte l’histoire d’un roi, nommé Pāṇḍu qui régnait sur le royaume Bhārata. Ce roi, alors père de 4 fils (les Pāṇḍava) dût se retirer en exil. Les fils de Pāṇḍu et de son frère (Kaurava) furent élevés ensemble mais la nature de ses fils se révélèrent rapidement différentes, alors que les Pāṇḍava développaient des qualités de vertu, les Kaurava devenaient cruels et tortueux.

Le fils ainé de Pāṇḍu, héritier du trône, devint roi mais perdit son royaume lors d’un jeu avec son cousin, ainé des frères Kaurava. Les fils Pāṇḍu se retrouvèrent en exil pendant 12 ans et malgré les tentatives de conciliation, la guerre fût inévitable.


La Bhagavad Gītā commence lorsque Arjuna, deuxième Pāṇḍava, conduit dans son char par Kṛṣṇa, se rend le premier jour de la bataille entre les deux armées pour constater les forces en présence de chaque côté. Il constate alors que de nombreux membres de sa famille et amis sont présents dans le camp ennemi des Kaurava, bien supérieurs en nombre.


Le chapitre 16 de ce récit, qui décrit les états divins et les états démoniaques, énonce 26 qualités de l’homme de nature « divine », qualités qui visent à guider l’aspirant attiré par une action juste. Parmi ces qualités, apparait svādhyāya dès le premier verset prononcé par Kṛṣṇa (nommé le seigneur suprême, avatar de Viṣṇu). Notons que dans ce texte, svādhyāya a une place prépondérante, en se positionnant en 7ème place des qualités attendues de l’homme évolué, dévolu à une quête spirituelle.


Svādhyāya dans le Yoga sūtra de Patañjali

Le terme svādhyāya apparait dès le début du second chapitre des yoga sūtra de Patanjali. Il constitue une des trois actions fondamentales de ce que le premier sūtra du second chapitre nomme le kriyāyogaḥ : “La pratique du yoga (ou le yoga de l’action), c’est ascèse (tapas), connaissance de soi (svādhyāya) et abandon (Īśvarapraṇidhānāni)”.


Svādhyāya est une des cinq disciplines des niyama, que l’on qualifie souvent de “disciplines personnelles”, comme nous l’avons vu, par complément aux yama qui rapporteraient plutôt aux refrènements “personnels”, au contrôle de soi, yama signifiant contrôle de soi, devoir moral, règle, observance, pénitence, refrènement.


Ce niyama arrive en quatrième position et nous savons que l’ordre des sutra est toujours intentionnel, précédant le dernier niyama, la dévotion (Īśvarapraṇidhānāni). En sachant que les yogasūtra précisent que [Traduction proposée par F. Moors du sutra 2.44] que “Par l’aboutissement de l’étude et de l’enquête sur soi, il y a [découverte puis] parfaite communion avec la voie spirituelle”. La traduction proposée par d'autres auteurs est peut-être moins juste mais tout à fait en harmonie avec ce qui se passe lorsque qu'ils affirment que si nous appliquons ce niyama « nous allons à la rencontre de nos désirs profonds ».


Quelques notes personnelles

Krishnamurti, un des grands penseurs de la quête de soi

Limitons-nous ici à la définition de svādhyāya au sens de l’étude de soi, étant entendu que l’étude de textes ou le récit de mantras sont autant de « miroirs » qui peuvent nous amener à mieux nous connaître, à mieux nous comprendre.


Krishnamurti (1895 - 1986), grand penseur indien, soutenait la thèse que « l’art de voir » (la vérité) ne saurait se développer au travers d’aucune organisation, aucune religion, aucun dogme [CF Wikipédia], aucune philosophie, mais serait mieux connu par le miroir des relations et l'observation du contenu de son propre esprit. Il disait lors de conférences qu’il a donné en 1948, compilées dans un ouvrage intitulé « De la connaissance de soi », paru en 1953 :

« Me comprendre moi-même est d'une importance primordiale, parce que je ne peux comprendre aucun problème humain sans comprendre l’instrument qui observe, l'instrument qui perçoit, qui examine. ».


Voilà une piste fort intéressante pour qui se questionnerait sur un engagement juste. Aller à la rencontre de soi par la compréhension de l’instrument qui perçoit.


Nous avons généralement tous une tendance naturelle à rejeter spontanément la cause de nos souffrances sur l’autre, tel un mécanisme de défense « inconscient ». Un peu comme, si finalement, le « je » s’imposait naturellement comme la vérité, la seule réalité, qui ne saurait être remise en question. C’est généralement avec le recul sur les situations vécues, que l’introspection personnelle arrive plus ou moins volontaire, favorisée certainement par la dissipation du brouillard provoquée par nos émotions.


Pourquoi finalement avons-nous intérêt à persévérer dans cette voie ? Peut-on être sujet et objet ? Que peut-il advenir ? Concrètement que devons-nous faire ? Quels sont les obstacles ? Autant de questions qui ne peuvent que nourrir notre parcours de la connaissance de soi, par notre observation lors de pratiques posturales, ou par la méditation par exemple.


Quelques textes à ne pas manquer :


Témoignages d’élèves

“Il est très intéressant d’observer comment le fait de s’observer influe sur ma propre façon d’agir. D’abord, cela révèle mes propres choix spontanés, intuitifs ou conditionnés, ensuite cela m’a donné les moyens de reprendre le contrôle, d’agir en conscience, spontanément, et enfin cela m’a permis “d’ajuster”, et finalement de réaliser une pratique beaucoup plus en harmonie avec mes aspirations.”


“Pour ma part, j’ai beaucoup de mal à “m’observer”, cette action vient s’ajouter à toutes les autres, respirer, s’aligner, se tendre justement...Je n’arrive pas à discerner quelle action je dois privilégier. Mais peut-être est-ce là une première observation personnelle ?”.

“J’ai pris conscience rapidement dès le début de la séance, de mon rapport quelque peu scolaire avec ton guidage. Se rapprocher de ce que tu montrais, ressembler à tel idéal. Sauf qu’il m’est venu rapidement, que ce n’était pas vraiment ce que je cherchais. Et que finalement, je pouvais choisir d’être plus proche de “moi”. Résultat immédiat, j’ai trouvé bien plus de fluidité corporelle, en distinguant ce qui était plus essentiel pour moi de ce qui pouvait passer au second plan !


“Ouah ! Même si mon travail au quotidien est d’accompagner l’autre, aujourd’hui je me suis regardé agir...Et quel effet ! M’observer est venu nourrir une sorte d’échange “réflexif” : pourquoi je me place comme cela ? Et si je lâchais ici ? Etc...Et finalement, je me suis dit : puis-je agir comme cela au quotidien, hors de cette salle ?”.



bottom of page