Yoga sūtra de Patañjali : Chapitre 2 SĀDHANA PĀDA (Le chapitre des moyens)
- Christophe
- 3 mai
- 13 min de lecture
Version 2 - 30/04/2026
Notes de version :
Cette nouvelle version du Yoga sūtra de Patañjali fait suite à un cours enseigné par N. Chandrasekaran qui se déroule sur deux années (2025 - 2027), dans lequel chaque sutra fait l'objet d'une proposition de traduction, d'une transmission de connaissance traditionnelle issue des Vedas, ainsi que d'une réflexion plus générale sur le yoga.
Dans cette nouvelle version (Cf. version 1 ici), la quasi-totalité des sutra ont été repris. Certains mots "oubliés" dans la première version ont été ajoutés. Et les propositions de traduction ont été affinées. Un abstract est proposé permettant une lecture "rapide".
La proposition de version ci-dessous, influencée par le cours de N. Chandrasekaran sans être complètement fidèle à son enseignement, est une réinterprétation toute personnelle de ce texte, ô combien passionnant, qui se veut à la fois le plus fidèle possible mais aussi accessible, sans toutefois en dénaturer toutes les dimensions du contenu.
Pour une lecture rapide du chapitre 2 du Yoga sūtra...
Ce deuxième chapitre des yogas sutra détaille le yoga de l’action pour les personnes non initiées, en quête d’une démarche spirituelle. Patanjali explique que l’homme, pris dans un cercle incessant d’actions - résultats, est soumis à des souffrances multiples toutes liées à l’ignorance, dues en partie à une confusion entre conscience pure et perceptible. Une pratique volontaire, détachée de tout objectif, de huit disciplines, sociales, personnelles, physiques, énergétiques ou psychiques permet de faire émerger le discernement nécessaire à l’abandon de cette confusion et conduire à la libération.
[2.1-2.2] Le (kriyāyogaḥ) est ascèse (tapas), connaissance de soi (svādhyāya) et abandon (Īśvarapraṇidhānāni). Ses buts sont de réduire les sources de souffrance (kleśāḥ) et l’absorption complète dans la totalité (samādhi).
[2.3 – 2.11] Il existe les cinq sources de souffrance (kleśāḥ) qui doivent être atténuées dès leur apparition : l’ignorance (avidyā), l’égotisme (asmitā), le désir (rāga), l’aversion (dveṣa) et l’attachement (abhiniveśa).
[2.12 – 2.14] Ces sources de souffrance sont à l’origine d’actions (Karman) qui auront des effets sur nos actions (aśaya) à venir et des conséquences (vipāka) sur nos vies présente ou à venir, qu’elles soient joie (hlāda) ou tourment (paritāpa).
[2.15 – 2.19] Si toute souffrance (duḥkha) à venir doit être évitée, seul celui qui discerne perçoit qu’elles émanent de la confusion de l’imbrication (saṃyoga) du témoin (draṣṭṛ), celui qui perçoit, et de ce qui est perçu (dṛśya), espace de de manifestation (prakāśakriyā) des propriétés constitutives de la matière (guṇa), révélé continuellement par nos fonctions corporelles (indriya), et dont la seule raison d’être est l’expérience (bhogā) et la délivrance (apavarga).
[2.20 – 2.22] Le témoin (draṣṭṛ), lui est pure vision. Son seul but, faire exister sa propre nature (svarūpa) en percevant l’essence (ātman) de ce qui à voir (dṛśya).
[2.23 – 2.27] La cause (hetu) de cette confusion (saṃyoga), est l’ignorance, seul un discernement complet (viveka aviplavā) permettra sa dissipation. De cela procédera la libération (kaivalya).
[2.28 – 2.29] La pratique continue des huit membres du yoga (aṅga), discipline sociale (yama), discipline personnelle (niyama), posture (āsana), contrôle intense de la respiration (prānāyāma), concentration par rétraction des sens (pratyāhāra), concentration (dhāraṇā), méditation (dhyāna), communion spirituelle (samādhi), permettront la destruction des impuretés (aśuddhi) du mental jusqu’au discernement.
[2.30 – 2.34] Les disciplines sociales (yama) sont au nombre de 5 (non-violence, vérité, honnêteté, chasteté, non convoitise). le plus grand engagement (mahāvrata) est de toujours les respecter. Les disciplines personnelles (niyama) sont au aussi nombre de 5 (pureté, contentement, ascèce, étude de soi, dévotion). En cas de doute (vitarka), prendre une attitude inverse (pratipakṣabhāvanam).
[2.35 – 2.39] En étant fermement établi (pratiṣṭha) dans chacune des disciplines sociales (yama), il y aura abandon de toute hostilité (vaira), cohérence (āśrayatvam) dans les actions (kriyā), attirance à soi de richesse, force (vīrya) et compréhension (saṃbodha) du sens de la vie.
[2.40 – 2.45] En étant fermement établi dans chacune des disciplines personnelles (niyama), il y aura distanciation avec son propre corps (svāṅgajugupsā), capacité de perception du soi (ātmadarśana), obtention d’un bonheur inégalable (anuttamaḥ sukhalābhaḥ), parfaite connexion (saṃprayoga) avec la divinité désirée (iṣṭadevatā), maitrise des capacités du corps et absorption (samādhi).
[2.46 – 2.48] La posture rituelle (āsana), stable (sthira) et confortable (sukha), dissipera les dualités (dvandva).
[2.49 – 2.53] L’expansion de la respiration (prāṇāyāma), en pratiquant l’attention (paridṛṣto) sur la durée (kāla), le comptage (saṃkhyā) et les répétitions, produira une respiration longue (dīrgha) et subtile (sūkṣma), libérant la clarté intérieure (prakāśa) de ses impuretés et ouvrira la voie de la concentration prolongée (dhāraṇā).
[2.54 – 2.55] Par l’inversion des sens (pratyāhāra), apparaitra leur complète maitrise (vaśya) et la nature propre (svarūpa) du mental (citta).
Pour une lecture avec les phrases sanskrites
2.1 tapaḥ svādhyāya īśvarapraṇidhānāni kriyāyogaḥ
Le yoga de l’action (kriyāyogaḥ), c’est ascèse (tapas), connaissance de soi (svādhyāya) et abandon (Īśvarapraṇidhānāni).
2.2 samādhi bhāvanārthaḥ kleśa tanūkaraṇārthaś ca
Les buts du yoga sont l’atténuation (tanūkaraṇa) des causes de souffrance (kleśa) et l’émergence de l’absorption complète (samādhi).
2.3 avidyā asmitā rāga dveṣa abhiniveśāḥ kleśāḥ
Les facteurs d’affliction (kleśāḥ) sont l’ignorance (avidyā), l’égotisme (asmitā), ce qui crée le désir (rāga), l’aversion (dveṣa) et l’attachement (abhiniveśa).
2.4 avidyā kṣetram uttareṣām prasupta- tanu vicchina- udārāṇām
L’ignorance (avidyā) est le terreau (kṣetra), elle peut être inactive (prasupta), négligeable (tanu), intermittente (vicchinna) ou dominante (udāra).
2.5 anitya- aśuci – duḥkha – anātmasu – nitya – śuci – sukha – ātma khyātir avidyā
L’ignorance (avidyā), c’est confondre l’impermanence (anitya), l’impur (aśuci), la douleur (duḥkha), le corps physique (anātman) respectivement pour la permanence (nitya), l’impur (śuci), l’agréable (sukha), l’être essentiel (ātma).
2.6 dṛk darśana śaktyoh ekātmatā iva asmitā
L’égotisme (asmitā), c’est en quelque sorte une identification (ekātmatā) entre celui qui observe (dṛk) et les organes de perception (darśana).
2.7 sukhānuśayī - rāgah
La cause profonde du désir (ragā) est l’attachement (anuśaya) au plaisir (sukhā).
2.8 duḥkhānuśayī - dveṣaḥ
La cause de l’aversion (dveṣa) provient de l’importance (anuśaya) accordée à la douleur (duḥkha).
2.9 svarasavāhī - viduṣo’pi samārūḍhaḥ - abhiniveśaḥ te - pratiprasavaheyāḥ - sūkṣmāḥ
L’attachement (abhiniveśa), ancré profondément (samārūḍhaḥ), provient de soi (svarasvaha), même pour le savant accompli (viduṣo’pi).
2.10 te - pratiprasavaheyāḥ - sūkṣmāḥ
Leur développement (pratiprasava) doit être évité (heya), lorsqu’elles (te) sont subtiles (sūkṣma).
2.11 dhyānaheyāḥ - tadvṛttayaḥ
Leurs activités (vṛtti) sont évitées par la méditation (dhyāna).
2.12 kleśamūlaḥ -karmāśayo -dṛṣṭādṛṣṭajanma - vedanīyah
Les sources de souffrance (kleśa) sont le fondement (mūla) d’actions (Karman) et de résultats (aśaya) qui seront expérimentés (vedanīya) au cours de sa vie (dṛṣṭajanma) ou d’une autre vie (adṛṣṭajanma).
2.13 sati mūle tadvipāko jātyāyurbhogāḥ
Elles sont à l’origine (mūla) de fruits (bhoga) qui ont des conséquences (vipāka) sur la nature profonde (ātyā), la longévité de la vie (āyus) et son excellence (jātya).
2.14 te hlāda- paritāpaphalāḥ-puṇyāpuṇyahetutvat
Ces actions, vertueuses ou non (puṇyāpuṇya), sont à l’origine (hetutva) de conséquences (Phala) qui peuvent être joie (hlāda) ou tourment (paritāpa).
2.15 pariṇāma tāpa saṁskāraduḥkhaiḥ guṇavṛttivirodhācca duḥkhameva sarvaṁ vivekinaḥ
Seul celui qui discerne (vivekin) perçoit que toute (sarvam) douleur (duḥkha) est le résultat (pariṇāma) du conditionnement mental (saṃskāra) produit par l’action incohérente (vṛttivirodha) des propriétés constitutives (guṇa) de la matière.
2.16 heyaṁ duḥkhamanāgatam
La souffrance (duḥkha) à venir doit être évitée (heya).
2.17 draṣṭṛdṛśyayoḥ saṁyogo heyahetuḥ
La cause de ce qui doit être évité (heya) est l’union (saṃyoga) de ce qui est perçu (dṛśya) et du témoin (draṣṭṛ).
2.18 prakāśakriyāsthitiśīlaṁ bhūtendriyātmakaṁ bhogāpavargārthaṁ dṛśyam
Par son caractère (śīla) permanent (sthiti) d’espace de manifestation (prakāśakriyā) révélé (bhūta) par les organes des sens (indriya), ce qui est perçu (dṛśya) a pour raison d’être (artha) l’expérience (bhogā) de la délivrance (apavarga).
2.19 viśeṣāviśeṣa liṅgamātrāliṅgāni guṇaparvāṇi
……Particularisé (viśeṣa), non matériel (aviśeṣa), subtile (liṅga) ou potentiel (aliṅga), il dépend (parvan) des propriétés constitutives de la matières (guṇa).
2.20 draṣṭā dṛśimātraḥ śuddho’pi pratyayānupaśyaḥ
Le témoin (draṣṭṛ) est pure (śuddaḥ) vision (dṛśi) mais aussi observateur de notre cognition (pratyayā).
2.21 tadartha eva dṛśyasya ātmā
Cela dans un seul but (artha), percevoir l’essence (ātman) de ce qui est à voir (dṛśya).
2.22 kṛtārthaṁ pratinaṣṭam api anaṣṭaṁ tadanyasādhāraṇatvāt
Une fois le but (artha) accompli (voir l’essence la nature) pour le yogi, elle reste présente comme support (ādhāra) pour les autres.
2.23 svasvāmiśaktyoḥ svarūpopalabdhihetuḥ saṁyogaḥ
Cette synergie (saṃyoga) d’énergie (śakti) entre soi (sva) et son maitre (svāmin) est ce qui permet (hetu) l’existence (upalabdhi) de sa nature propre (svarūpa).
2.24 tasya hetuḥ avidyā
La cause (hetu) de cela (tasya) est l’ignorance (avidyā).
2.25 tadabhāvāt saṁyogābhāvo hānaṁ taddṛśëḥ kaivalyam
Cela [L’ignorance] dissipée, la confusion (saṃyoga) est supprimée (abhāva), apparaît alors la faculté de voir (dṛśi) la libération (kaivalya).
2.26 vivekakhyātiḥ aviplavā hānopāyaḥ
Un moyen efficace (upāya) de disparition (hāna) [de samyoga, de la confusion] est ce que l’on appelle (khyāti) la capacité de discernement (viveka) permanent (aviplavā).
2.27 tasya saptadhā prāntabhūmiḥ
De cela (tasya) [viveka, le discernement], procédera la compréhension des 7 (saptan) fondements (prāntabhūmiḥ) [Les sources de souffrance (kleśa), origines de nos actions (Karman) et de résultats (aśaya), des effets (vipāka) sur notre nature profonde (svarupa), mais elles peuvent être évitées (heyam), La source est la confusion (saṃyoga) de ce qui est perçu (dṛśya) et du témoin (draṣṭṛ), La cause (hetu) est l’ignorance (avidyā), Par sa dissipation, la libération (kaivalya)].
2.28 yogāṅgānuṣṭhānāt- aśuddhikṣaye-jñānadīptiḥ - āvivekakhyāteḥ
Avec l’accomplissement continu (anuṣṭhāna) des membres (aṅga) du yoga, il y aura destruction (kṣaya) des impuretés (aśuddhi), rayonnement de la conscience (jñānadīpti), jusqu’à la connaissance (khyāti) du discernement (viveka).
2.29 yama-niyama-āsana-prānāyāma-pratyāhāra- dhāraṇā-dhyāna-samādhayaḥ-aṣṭau-aṅgāni
Discipline sociale (yama), discipline personnelle (niyama), posture (āsana), contrôle intense de la respiration (prānāyāma), concentration par rétraction des sens (pratyāhāra), concentration (dhāraṇā), méditation (dhyāna), communion spirituelle (samādhi) sont les 8 membres du yoga (aṅga).
2.30 ahiṁsā-satya-asteya-brahmacarya-aparigrahāḥ-yamāḥ
Non-violence (ahiṃsā), vérité (satya), honnêteté (asteya), chasteté (brahmacarya), absence de convoitise (aparigraha) constituent les disciplines sociales (yama).
2.31 jāti-deśa-kāla-samaya-anavacchinnāḥ-sārvabhaumāḥ-mahāvratam
Le grand vœu (mahāvrata) est de les respecter envers toute espèce (jāti) sans distinction de lieu (deśa), de moment (kāla), de circonstance (samaya), de façon ininterrompue (anavacchinna) sur la terre entière (sārvabhauma).
2.32 śauca-saṁtoṣa-tapaḥ-svādhyāya-īsvarapranidhānāni-niyamāḥ
Pureté (śauca), contentement (saṃtoṣa), ascèse (tapas), étude de soi (svādhyāya), dévotion (īśvarapraṇidhāna) constituent les disciplines personnelles (niyama).
2.33 vitarkabādhane-pratipakṣabhāvanam
Si des doutes (vitarka) émergent (bādhana), alors adopter une attitude (bhāvana) opposée (pratipakṣa).
2.34 vitarkāḥ-hiṁsādayaḥ-kṛta-kārita-anumoditāḥ-lobha-krodha-mohapūrvakāḥ-mṛdu-madhya-adhimātrāḥ-duḥkha-ajñāna-anantaphalāḥ-iti-pratipakṣabhāvanam
Prendre une attitude (bhāvana) opposée (pratipakṣa), c’est s’interroger (vitarka) sur la violence (hiṃsā), la véracité, etc(ādi) …[de son action], son rôle dans l’action, suis-je celui qui agit (kṛta), celui qui y contribue (kārita), celui qui l’accepte (anumoditāḥ), s’interroger sur ce qui est à l’origine (pūrvaka) de notre action, le désir (lobha), la colère (krodha), la confusion(moha), et sur l’intensité de notre action, faible (mṛdu), moyenne (madhya) ou intense (adhi), sinon (iti) la souffrance (duḥkha) nous obscurcira (ajñāna) d’effets (phala) illimités (ananta).
2.35 ahiṁsāpratiṣṭhāyāṁ-tatsannidhau-vairatyāgaḥ
En étant fermement établi (pratiṣṭha) dans la non-violence (ahiṃsā), il y a (saṃnidhau) alors l’abandon de toute hostilité (vaira).
2.36 satyapratiṣṭhāyāṁ-kriyāphala-āśrayatvam
En étant fermement (pratiṣṭha) dans la véracité (satya), alors il y a cohérence (āśrayatvam) entre action (kriyā) et résultat (phala).
2.37 asteyapratiṣṭhāyāṁ-sarvaratna-upasthānam
En étant fermement étbli (pratiṣṭha) dans l’honnêteté (asteya), alors il y a rapprochement (upasthāna) de toutes les richesses (sarvaratna).
2.38 brahmacaryapratiṣṭhāyāṁ-vīryalābhaḥ
En étant fermement dans l’abstinence (brahmacarya), alors il y a acquisition (lābha) de la force (vīrya).
2.39 aparigrahasthairye-janmakathṁtā-saṁbodhaḥ
En l’absence constante (sthairya) de convoitise (aparigraha), il y a compréhension (saṃbodha) du sens (katham) de la vie (janman).
2.40 śaucāt svāṅgajugupsā parairasaṁsargaḥ
La pureté (śauca) produit une aversion (jugupsā) envers son propre corps (svāṅga), et la dissociation (asaṁsargaḥ) avec celui des autres (parair).
2.41 sattvaśuddhi- saumanasya-aikāgrya- indriyajaya- ātmadarśana yogyatvāni ca
Et aussi la purification (śuddhi) de la clarté (sattva), la joie (saumanasya), la concentration (aikāgrya), la maitrise des facultés d’action (indriyajaya) et la capacité (yogyatvāni) de perception (darśana) du soi (ātma).
2.42 saṁtosāt anuttamaḥ sukhalābhaḥ
Le contentement (saṃtoṣa) permet une obtention (lābha) du bonheur (sukha) inégalable (anuttama).
2.43 kāyendriyasiddhiḥ aśuddhikṣayāt tapasaḥ
Par l’ascèse (tapas), il y a destruction (kṣaya) des impuretés (aśuddha) [de nos actions] et parfaite maitrise (siddhi) des facultés d’actions (indriya) du corps physique (kāya).
2.44 svādhyāyāt iṣṭadevatā samprayogaḥ
Par la connaissance de soi (svādhyāya), il y a connexion parfaite (saṃprayoga) avec la divinité désirée (iṣṭadevatā).
2.45 samādhisiddhiḥ īśvarapraṇidhānāt
Par la dévotion (Īśvarapraṇidhānāni), il y accomplissement (siddhi) de l’absoption (samādhi).
2.46 sthirasukhamāsanam
La posture rituelle (āsana) est stable (sthira) et confortable (sukha).
2.47 prayatna- śaithilya ananta samāpattibhy
Par la réalisation (samāpattibhyām) d’un effort complet (prayatna) de relâchement (śaithilya) infini (ananta).
2.48 tato dvaṅdvānabhighātaḥ
Cesse (abhighāta) alors (tatas) la dualité (dvandva).
2.49 tasmin sati- śvāsapraśvāsayoḥ-gativicchedaḥ prāṇāyāmaḥ
Cela étant installé (tasmin sati), vient l’extension du souffle (prāṇāyāma) par (gati) la distinction complète (viccheda) de l’inspiration (śvāsa) et l’expiration (praśvāsa).
2.50 bāhya-ābhyantara-stambhavṛttiḥ-deśa- kāla-saṁkhyābhiḥ-paridṛṣto-dīrghasūkṣmaḥ
Par une parfaite observation (paridṛṣto) du comptage (saṃkhyā), du lieu (deśa) et de la durée (kāla) de l’activité (vṛtti) d’inspiration (ābhyantara), d’expiration (bāhya) et de suspension (stambha), il y a obtention d’une respiration allongée (dīrgha) et subtile (sūkṣma).
2.51 bāhya-ābhyantara-viṣāyākṣepī-caturtaḥ
Une quatrième (caturtha) forme existe au-delà (viṣāyākṣepī) de l’inspiration (bāhya) et de l’expiration (ābhyantara).
2.52 tataḥ-kṣīyate-prakāśāvaraṇam
Alors sera détruit (kṣī) ce qui recouvre la clarté (prakāśa).
2.53 dhāraṇāsu ca-yogyatā-manasaḥ
Et l’esprit (manas) sera en capacité (yogyatā) de concentration (dhāraṇā).
2.54 svaviṣaya-asaṁprayoge-cittasya-svarūpānukāra iva-indriyānāṁ-pratyāhāraḥ
L’inversion (pratyāhāra) des sens (indriya), c’est comme si le mental (citta), sans contact (asaṃprayoga) avec ses objets propres (svaviṣaya), apparaissait (anukāra) dans son essence naturelle (svarūpa).
2.55 tataḥ-paramā-vaśyatā-indriyāṇām
Est atteint alors (tataḥ) une extrême (parama) maitrise (vaśya) des facultés de perception et d’action (indriya).
Pour une lecture directe
Le yoga de l’action (kriyāyogaḥ), c’est ascèse (tapas), connaissance de soi (svādhyāya) et abandon (Īśvarapraṇidhānāni).
Les buts du yoga sont l’atténuation (tanūkaraṇa) des causes de souffrance (kleśa) et l’émergence de l’absorption complète (samādhi).
Les facteurs d’affliction (kleśāḥ) sont l’ignorance (avidyā), l’égotisme (asmitā), ce qui crée le désir (rāga), l’aversion (dveṣa) et l’attachement (abhiniveśa).
L’ignorance (avidyā) est le terreau (kṣetra), elle peut être inactive (prasupta), négligeable (tanu), intermittente (vicchinna) ou dominante (udāra).
L’ignorance (avidyā), c’est confondre l’impermanence (anitya), l’impur (aśuci), la douleur (duḥkha), le corps physique (anātman) respectivement avec la permanence (nitya), l’impur (śuci), l’agréable (sukha), l’être essentiel (ātma).
L’égotisme (asmitā), c’est en quelque sorte une identification (ekātmatā) entre celui qui observe (dṛk) et les organes de perception (darśana).
La cause profonde du désir (ragā) est l’attachement (anuśaya) au plaisir (sukhā).
La cause de l’aversion (dveṣa) provient de l’importance (anuśaya) accordée à la douleur (duḥkha).
L’attachement (abhiniveśa), ancré profondément (samārūḍhaḥ), provient de soi (svarasvaha), même pour le savant accompli (viduṣo’pi).
Leur développement (pratiprasava) doit être évité (heya), lorsqu’elles (te) sont subtiles (sūkṣma).
Leurs activités (vṛtti) sont évitées par la méditation (dhyāna).
Les sources de souffrance (kleśa) sont le fondement (mūla) d’actions (Karman) et de résultats (aśaya) qui seront expérimentés (vedanīya) au cours de sa vie (dṛṣṭajanma) ou d’une autre vie (adṛṣṭajanma).
Elles sont à l’origine (mūla) de fruits (bhoga) qui ont des conséquences (vipāka) sur la nature profonde (ātyā), la longévité de la vie (āyus) et son excellence (jātya).
Ces actions, vertueuses ou non (puṇyāpuṇya), sont à l’origine (hetutva) de conséquences (Phala) qui peuvent être joie (hlāda) ou tourment (paritāpa).
Seul celui qui discerne (vivekin) perçoit que toute (sarvam) douleur (duḥkha) est le résultat (pariṇāma) du conditionnement mental (saṃskāra) produit par l’action incohérente (vṛttivirodha) des propriétés constitutives (guṇa) de la matière.
La souffrance (duḥkha) à venir doit être évitée (heya).
La cause de ce qui doit être évité (heya) est l’union (saṃyoga) de ce qui est perçu (dṛśya) et du témoin (draṣṭṛ).
Par son caractère (śīla) permanent (sthiti) d’espace de manifestation (prakāśakriyā) révélé (bhūta) par les organes des sens (indriya), ce qui est perçu (dṛśya) a pour raison d’être (artha) l’expérience (bhogā) de la délivrance (apavarga).
……Particularisé (viśeṣa), non matériel (aviśeṣa), subtile (liṅga) ou potentiel (aliṅga), il dépend (parvan) des propriétés constitutives de la matières (guṇa).
Le témoin (draṣṭṛ) est pure (śuddaḥ) vision (dṛśi) mais aussi observateur de notre cognition (pratyayā).
Cela dans un seul but (artha), percevoir l’essence (ātman) de ce qui est à voir (dṛśya).
Une fois le but (artha) accompli, pour le yogi, elle reste présente comme support (ādhāra) pour les autres.
Cette synergie (saṃyoga) d’énergie (śakti) entre soi (sva) et son maitre (svāmin) est ce qui permet (hetu) l’existence (upalabdhi) de sa nature propre (svarūpa).
La cause (hetu) de cela (tasya) est l’ignorance (avidyā).
Cela [L’ignorance] dissipée, la confusion (saṃyoga) est supprimée (abhāva), apparaît alors la faculté de voir (dṛśi) la libération (kaivalya).
Un moyen efficace (upāya) de disparition (hāna) [de samyoga, de la confusion] est ce que l’on appelle (khyāti) la capacité de discernement (viveka) permanent (aviplavā).
De cela (tasya) [viveka, le discernement], procédera la compréhension des 7 (saptan) fondements (prāntabhūmiḥ) [Les sources de souffrance (kleśa), origines de nos actions (karman) et de résultats (aśaya), des effets (vipāka) sur notre nature profonde (svarupa), mais elles peuvent être évitées (heyam), La source est la confusion (saṃyoga) de ce qui est perçu (dṛśya) et du témoin (draṣṭṛ), La cause (hetu) est l’ignorance (avidyā), Par sa dissipation, la libération (kaivalya)]
Avec l’accomplissement continu (anuṣṭhāna) des membres (aṅga) du yoga, il y aura destruction (kṣaya) des impuretés (aśuddhi), rayonnement de la conscience (jñānadīpti), jusqu’à la connaissance (khyāti) du discernement (viveka).
Discipline sociale (yama), discipline personnelle (niyama), posture (āsana), contrôle intense de la respiration (prānāyāma), concentration par rétraction des sens (pratyāhāra), concentration (dhāraṇā), méditation (dhyāna), communion spirituelle (samādhi) sont les 8 membres du yoga (aṅga).
Non-violence (ahiṃsā), vérité (satya), honnêteté (asteya), chasteté (brahmacarya), absence de convoitise (aparigraha) constituent les disciplines sociales (yama).
Le grand vœu (mahāvrata) est de les respecter envers toute espèce (jāti) sans distinction de lieu (deśa), de moment (kāla), de circonstance (samaya), de façon ininterrompue (anavacchinna) sur la terre entière (sārvabhauma).
Pureté (śauca), contentement (saṃtoṣa), ascèse (tapas), étude de soi (svādhyāya), dévotion (īśvarapraṇidhāna) constituent les disciplines personnelles (niyama).
Si des doutes (vitarka) émergent (bādhana), alors adopter une attitude (bhāvana) opposée (pratipakṣa).
Prendre une attitude (bhāvana) opposée (pratipakṣa), c’est s’interroger (vitarka) sur la violence (hiṃsā), la véracité, etc(ādi) …[de son action], son rôle dans l’action, suis-je celui qui agit (kṛta), celui qui y contribue (kārita), celui qui l’accepte (anumoditāḥ), s’interroger sur ce qui est à l’origine (pūrvaka) de notre action, le désir (lobha), la colère (krodha), la confusion (moha), et sur l’intensité de notre action, faible (mṛdu), moyenne (madhya) ou intense (adhi), sinon (iti) la souffrance (duḥkha) nous obscurcira (ajñāna) d’effets (phala) illimités (ananta).
En étant fermement établi (pratiṣṭha) dans la non-violence (ahiṃsā), il y a (saṃnidhau) alors l’abandon de toute hostilité (vaira).
En étant fermement (pratiṣṭha) dans la véracité (satya), alors il y a cohérence (āśrayatvam) entre action (kriyā) et résultat (phala).
En étant fermement établi (pratiṣṭha) dans l’honnêteté (asteya), alors il y a rapprochement (upasthāna) de toutes les richesses (sarvaratna).
En étant fermement dans l’abstinence (brahmacarya), alors il y a acquisition (lābha) de la force (vīrya).
En l’absence constante (sthairya) de convoitise (aparigraha), il y a compréhension (saṃbodha) du sens (katham) de la vie (janman).
La pureté (śauca) produit une aversion (jugupsā) envers son propre corps (svāṅga), et la dissociation (asaṁsargaḥ) avec celui des autres (parair).
Et aussi la purification (śuddhi) de la clarté (sattva), la joie (saumanasya), la concentration (aikāgrya), la maitrise des facultés d’action (indriyajaya) et la capacité (yogyatvāni) de perception (darśana) du soi (ātma).
Le contentement (saṃtoṣa) permet une obtention (lābha) du bonheur (sukha) inégalable (anuttama).
Par l’ascèse (tapas), il y a destruction (kṣaya) des impuretés (aśuddha) [de nos actions] et parfaite maitrise (siddhi) des facultés d’actions (indriya) du corps physique (kāya).
Par la connaissance de soi (svādhyāya), il y a connexion parfaite (saṃprayoga) avec la divinité désirée (iṣṭadevatā).
Par la dévotion (Īśvarapraṇidhānāni), il y accomplissement (siddhi) de l’absoption (samādhi).
La posture rituelle (āsana) est stable (sthira) et confortable (sukha).
Par la réalisation (samāpattibhyām) d’un effort complet (prayatna) de relâchement (śaithilya) infini (ananta).
Cesse (abhighāta) alors (tatas) la dualité (dvandva).
Cela étant installé (tasmin sati), vient l’extension du souffle (prāṇāyāma) par (gati) la distinction complète (viccheda) de l’inspiration (śvāsa) et l’expiration (praśvāsa).
Par une parfaite observation (paridṛṣto) du comptage (saṃkhyā), du lieu (deśa) et de la durée (kāla) de l’activité (vṛtti) d’inspiration (ābhyantara), d’expiration (bāhya) et de suspension (stambha), il y a obtention d’une respiration allongée (dīrgha) et subtile (sūkṣma).
Une quatrième (caturtha) forme existe au-delà (viṣāyākṣepī) de l’inspiration (bāhya) et de l’expiration (ābhyantara).
Alors sera détruit (kṣī) ce qui recouvre la clarté (prakāśa).
Et l’esprit (manas) sera en capacité (yogyatā) de concentration (dhāraṇā).
L’inversion (pratyāhāra) des sens (indriya), c’est comme si le mental (citta), sans contact (asaṃprayoga) avec ses objets propres (svaviṣaya), apparaissait (anukāra) dans son essence naturelle (svarūpa).
Est atteint alors (tataḥ) une extrême (parama) maitrise (vaśya) des facultés de perception et d’action (indriya).


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