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Le blog

Prāṇa, entre physique et spiritualité

Dernière mise à jour : 30 nov. 2023

Introduction

Pas facile de parler de prāṇa ! Et pourtant, qui n’a jamais entendu lors d’un cours de yoga qu’il se sentait bien mieux après qu’avant. Qui n’a jamais entendu “Je suis arrivé fatigué, je repars détendu, en forme à nouveau”. Qui n’a jamais perçu la colère chez quelqu’un alors qu’aucune expression n’était visible ? Qui n’a jamais rencontré une personne qui “rayonnait”, qui dégageait une atmosphère subtile autour de lui, différente qui nous questionne, nous inspire ? A titre personnel, je me suis toujours demandé pourquoi, j’avais une énergie incroyable l’après-midi qui suivait une course longue distance de course à pied le dimanche matin !


Quel est le rapport entre toutes ces situations ? De quoi s’agit-il ? S’agit-il à chaque fois d’une perception de mon propre mental, du résultat d’une transformation physique...ou s’agit-il de quelque chose de plus subtile que finalement nous avons encore du mal à qualifier aujourd’hui ? Peut-être tout cela à la fois...


Les sages d’époques lointaines ont par l’observation et l’expérience, pris conscience de tout cela il y a déjà fort longtemps. En l’absence de toute solution technique d’objectivation, ils ont constaté que nous pouvions réchauffer le corps consciemment, que nous pouvions fluidifier les mouvements, que nous pouvions améliorer nos perceptions des réalités, voire que nous pouvions modifier notre état de santé, en influant sur une énergie subtile du corps. Cette interprétation de notre « anatomie énergétique » est présente dans de nombreuses cultures dans le monde, avec certes quelques différences, mais néanmoins soutenues par une même idée : nous pouvons agir sur notre équilibre en interagissant avec cette énergie subtile, entre autre par le prāṇāyāma, pratique ancestrale de l’hindouisme.


Mais alors qu’est-ce que prāṇa ?

Citons Einstein : « Tout est énergie, et c’est là tout ce qu’il y a à comprendre dans la vie. Aligne-toi à la fréquence de la réalité que tu souhaites et cette réalité se manifestera. Il ne peut en être autrement. Ce n’est pas de la philosophie. C’est de la physique. »


Ainsi donc, tout est énergie. Oui mais voilà, l’énergie est difficile à comprendre, difficile à percevoir. Ce que nous pouvons dire, sans trop avancer de considération mathématique ou physique, c’est que l’énergie est la capacité d’un système à modifier un état. Par exemple, l’énergie musculaire est la capacité du muscle à produire un mouvement. Il s’agit donc d’une propriété que l’on mesure lorsqu’un changement se réalise. Or, nous avons tous appris dans les petites classes que nos systèmes élémentaires sont en perpétuel mouvement, en perpétuelle vibration, en perpétuel changement et donc perpétuellement soumis à une énergie.


La métaphore du citron

Lorsque vous prenez un citron, il vous semble compact, cohérent. Il se tient seul sans autre forme de soutien que lui-même. Pourtant, il n’a pas de muscle pour le tenir, il n’a pas d’esprit pour le guider, il n’a pas d’os pour le soutenir, il ne respire pas pour lui apporter de l’énergie.


Et pourtant, il se tient. Alors, nous l’épluchons, nous lui retirons sa peau et là, si nous posons le fruit, il se tient encore. Nous détachons quelques quartiers. Et nous observons alors que chaque quartier se tient. Chaque quartier dispose de son équilibre de force qui lui permet d’avoir une forme particulière. Alors nous retirons la peau d’un quartier, et nous voyons une nouvelle fois que la pulpe se tient. Et ainsi de suite. Il nous faudra presser le fruit pour arriver à le déstructurer et séparer, en tout cas à l’œil nu, quelques éléments : le jus, les pépins, le zeste….


En s’équipant d’un microscope, nous pouvons ainsi de proche en proche, nous rapprocher de sa structure élémentaire. Et identifier le mouvement des particules et les liaisons énergétiques de l’ensemble de ce qui compose, de façon si harmonieuse et si délicieuse, le citron que nous dégustons tous.


Le citron est donc un concentré d’énergie qui lui permet d’être citron.


Oui, mais voilà le potentiel d’énergie du citron est limité, il ne se meut pas, il ne peut produire sa propre chaleur, même malade… Pour certain, il détient du « prāṇa », d’autres diront qu’il n’a pas de conscience, d’esprit…donc pas de prāṇa.


Prāṇa et prāṇa, entre physique et croyance

Étymologiquement, prāṇa signifie souffle, respiration, mais aussi principe de vie, vie, vigueur, énergie, pouvoir, souffle vital. Ce mot est construit à partir de « pra » qui signifie « vers l'avant, au début de, en avant de, partie principale de » et de « an » qui signifie « respirer, souffler, exhaler ».


Pour un grand nombre de yogis, Prāṇa, avec un « P », est la somme totale des énergies contenues dans l’univers (cf l’ouvrage de A. Van Lysbeth), l’énergie cosmique originelle, universelle et indifférenciée. Lorsque prāṇa est utilisée avec un « p », il s’agit des manifestations de cette énergie originelle, des manifestations différentiées, le magnétisme, l’électricité, la gravitation, …


Prāṇa, la manifestation des énergies originelles.


Pour le yogi, Prāṇa est l’énergie « vitale » présente partout, dans l’eau, dans l’air, dans chaque aliment. Sans Prāṇa, plus de vie. Cette vision étend la vision proposée par celle de la métaphore du citron car plus globale, plus subtile. Prāṇa est répandu dans l’ensemble de l’univers, pas seulement limité à une interprétation physique, mais en tant qu’expression de l’énergie originelle, elle est également comme une sorte d’énergie latente qui pénètre toute vie et sur laquelle l’homme a la capacité d’influer par le prāṇāyāma.


A. Van Lysbeth, comme d’autres, se risque à affirmer que le Prāṇa est composé au moins en partie, sinon en totalité de particules électrisées, en l’occurrence « d’ions négatifs et d’autre part qu’il existe dans notre corps un véritable métabolisme de l’électricité puisée dans l’atmosphère ».


Tout cela reste à prouver…


Prāṇāyāma, un premier pas vers le subtil

Revenons à la définition du prāṇāyāma. Comme nous l’avons vu prāṇa signifie souffle, énergie, souffle vital. Ayam signifie maitrise, contrôle…Ainsi le prāṇāyāma est la discipline du souffle.


Par cette analyse étymologique, nous voyons qu’il existe une association forte entre souffle et principe de vie, énergie et pouvoir, au sens de capacité. Selon les Yoga sūtra de Patañjali, le prāṇāyāma est l'une des 8 disciplines du yoga qui consiste bien à observer le souffle ou à le contrôler par des techniques particulières. L’objectif serait d’augmenter notre conscience de ce « souffle », notre présence à notre respiration. Car nous l’observons tous, lorsque notre état mental change, notre respiration est modifiée. Inversement, en modifiant notre respiration, nous modifions notre état mental.


Effectivement, qui n’a jamais observé cette relation étroite entre état mental, voire corporel, et respiration. Lorsque nous sommes anxieux, angoissés, stressés, nous constatons tous que notre respiration se réduit. Les temps d’inspiration et d’expiration sont courts, jusqu’à parfois une respiration saccadée. Lorsque, nous sommes détendus, calmes, posés, notre respiration est lente, prolongée, presque profonde.


Ainsi, en agissant consciemment sur notre souffle, notre respiration et par extension sur nos énergies, nous pouvons agir sur notre mental…Et réciproquement, comme nous le verrons plus loin.


De là à établir, comme nous l’entendons souvent lors des cours de yoga, que l’inspire fait rentrer du « prāṇa » (sans trop savoir ce que c’est) et l’expire le fait sortir, il s’agit d’un raccourci un peu rapide. Desikachar émet d’ailleurs quelques réserves sur cette interprétation un peu spéculative et qui par ailleurs, restreint l’interprétation de prāṇa au flux d’air entrant et sortant.


La respiration, un des supports de notre état pranique.


S’il est clair que la respiration nous informe et influe sur l'état de notre mental et inversement, il est plus juste de retenir qu’elle permet de percevoir et de modifier un état, que nous pouvons considérer à ce stade de la réflexion, comme représentatif de notre situation énergétique globale dans le champs « grossier », matériel.


Mais elle peut aussi, modifier un état plus subtil que nous qualifierons d’état « pranique », notre état de conscience spirituelle. Ce qui nous éloigne carrément du citron…


Voyons de quoi il s’agit.


De la vision énergétique à la vision spirituelle de T.K.V. Desikachar

Plusieurs courants de pensée indienne identifient un « être » spirituel particulier, que certains nomment « conscience », ou encore « témoin », et qui selon les formes de pensées, dualiste ou non dualiste, s’identifie ou non à une « conscience universelle », le principe originel et universel de toute vie (pour les védantistes).


Faisons l’hypothèse de l’existence d’une telle entité, étant entendu que cette conscience (telle que décrite dans plusieurs ouvrages de la pensée indienne) est immuable, permanente, voire d’origine cosmique et que sa découverte, ou son acceptation, permet de révéler les agitations de la « Nature », dont le mental fait intégralement partie. Idée défendue par les Yogasūtra de Patañjali qui nous explique que cette conscience est obstruée et que seule sa découverte nous permettra de révéler la Nature.


Si nous revenons à la définition de l’énergie comme la capacité d’un système à modifier un état, nous pouvons étendre cette interprétation physique dans un espace plus spirituel, en suggérant qu’il existe une « énergie spirituelle », appelée prāṇa, en capacité de modifier notre état mental, notre état psychique. Prāṇa serait alors, dans le plan spirituel, l’expression de cette conscience, une énergie spirituelle de transformation dotée d’une capacité d’action sur notre mental.


Prāṇa, notre énergie spirituelle de transformation.


T.K.V. Desikachar n’établit pas d’ailleurs d’identification entre prāṇa et énergie, il nous explique que prāṇa est l’expression de « puruṣa », qui signifie l’Être, l’esprit divin, le soi personnalisé pour les védantistes, qui est à l’intérieur de notre corps mais qui nous enveloppe aussi à l’extérieur. Il nous explique dans son ouvrage « Le yoga, un éveil spirituel », que puruṣa ne pouvant exister qu’à travers le mental, il y a bien interaction entre le mental et prāṇa, et donc que prāṇa influe sur les fonctions corporelles, la respiration, la circulation sanguine, ou encore la pression artérielle, …


Nous voyons ici la proximité forte de prāṇa avec l’énergie, même si T.K.V. Desikachar se garde bien d’aller sur ce terrain, pour rester dans le champ spirituel.


T.K.V. Desikachar nous apprend aussi que la tradition affirme que « la quantité de prāṇa extracorporelle » est importante lorsque nous sommes mal à l’aise et de fait amoindrie à l’intérieur. Inversement, une personne calme, apaisée aura plus de prāṇa à l’intérieur du corps ». C’est peut-être pour cela que nous sentons plus la colère chez l’autre que son calme. D’ailleurs, T.K.V. Desikachar rappelle qu’une définition de « yogin », est « celui dont le prāṇa est à l’intérieur ».


"Le yogin , est celui dont le prāṇa est à l’intérieur."


Ainsi, et cette interprétation nous sied à merveille, pour nous occidentaux éduqués dans la culture scientifique et technique, une des voies de la transformation de notre mental consisterait à développer notre « énergie spirituelle », prāṇa, elle-même engourdie, par l’obstruction de notre conscience spirituelle, témoin de nos actions.


Techniquement, pour agir sur prāṇa, nous pouvons agir par des « voies externes », qui vont nous permettre de travailler sur notre mental, d’abord en développant sa connaissance, puis ensuite en le domptant, en agissant sur son agitation, par exemple par des techniques posturales (et donc en passant par le corps pour redistribuer les énergies) ou par des exercices de prāṇāyāma. Les yoga sūtra affirment d’ailleurs, qu’en pratiquant prāṇāyāma, nous augmentons notre niveau de prāṇa interne, notre énergie spirituelle de transformation ce qui, de fait assagit notre esprit et permet d’augmenter notre niveau de clarté en contribuant à la dissipation de nos couches d’ignorance.


Mais nous pouvons aussi utiliser des voies « internes », comme la concentration, ou la méditation, pour révéler cet "être conscience", pour nettoyer les impuretés qui le recouvrent et retiennent prāṇa. Ce que les yoga sūtra de Patañjali nomment les voies « internes ».


On retrouve des interprétations similaires dans d’autres pratiques, comme le Qi Gong, qui consiste a faire un travail particulier sur l’énergie vitale. Ces « croyances » nourries par l’expérience ancestrale de nombreux sages ont toutes pour objectif la maitrise des énergies en mettant en scène ce que certains nomment "la puissance créatrice mentale".


Et c’est probablement là le point le plus important. En mobilisant notre puissance créatrice mentale, nous permettrons d’agir sur nous-même, quelque soit l'interprétation d'énergie de vie que nous retenons.


Vers une cartographie énergétique du corps


La culture indienne identifie un « corps énergie » alimenté en partie par la respiration, situé dans la plan subtil du corps, différent donc du corps grossier composé de chair et d’os.

Elle parle alors de « souffle » qu’elle caractérise en 5 modalités (apānavāyu, vāyu signifiant vent, ce qui circule, qui s’écoule), toutes regroupées sous le terme générique de prāṇa :

  • prāṇa dont le siège est le cœur, qui régit l’absorption, inspiration, absorption de nourriture, ...

  • apāna dont le siège est sous le bas ventre, qui régit les fonctions d’élimination : expiration, transpiration, excrétion, éjaculation, menstruation…Sur le plan psychique, il régit l’élimination des expériences négatives.

  • samāna dont le siège est entre le diaphragme et le nombril, qui régit les fonctions de transformation : digestion, assimilation…

  • udāna dont le siège se situe dans la partie haute du corps (ceinture scapulaire, bras, tête), qui régit les mouvements vers le haut (Élévation, expiration, rot, parole, volonté, etc...)

  • vyāna dont le siège est l’ensemble du corps, régit l’ensemble des forces de liaison, de cohésion, il coordonne l’ensemble des zones d'énergie.

Mais nous reviendrons sur ces notions lors d'un autre post !


Sources :

Pranayama, la dynamique du souffle - André Van Lisbeth – 1971

Le yoga, un éveil spirituel – T.K.V. Desikachar – 1980

Prāṇāyāma dīpikā – Lumière sur le prāṇāyāma – B.K.S. Iyengar – 1985

Respirer – James Nestor - 2020

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