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Le blog

Yoga sūtra de Patañjali : Chapitre 3 VIBHŪTI PĀDA (Le chapitre des accomplissements)

il y a 52 minutes
13 min de lecture

Version 2 - 05/11/2026

Notes de version :

Cette nouvelle version du Yoga sūtra de Patañjali fait suite à un cours enseigné par N. Chandrasekaran qui se déroule sur deux années (2025 - 2027), dans lequel chaque sutra fait l'objet d'une proposition de traduction, d'une transmission de connaissance traditionnelle issue des Vedas, ainsi que d'une réflexion plus générale sur le yoga.


Dans cette nouvelle version (Cf. version 1 ici), la quasi-totalité des sutra ont été repris. Certains mots "oubliés" dans la première version ont été ajoutés. Et les propositions de traduction ont été affinées. Un abstract est proposé permettant une lecture "rapide".


La proposition de version ci-dessous, influencée par le cours de N. Chandrasekaran sans être complètement fidèle à son enseignement, est une réinterprétation toute personnelle de ce texte, ô combien passionnant, qui se veut à la fois le plus fidèle possible mais aussi accessible, sans toutefois en dénaturer toutes les dimensions du contenu.


Pour une lecture rapide du chapitre 3 du Yoga sūtra...

Le troisième chapitre, le chapitre des accomplissements, revient dans un premier temps sur la triade de la méditation et expose les transformations de la conscience engendrées par la maîtrise du mental. De nouvelles dispositions apparaissent alors, comme la connaissance, la compréhension, la perception pleine et entière du subtil. Patañjali met néanmoins en garde, ces accomplissements emprunts des qualités premières de la matière, pouvant également égarer le chercheur spirituel. Il conviendra alors de poursuivre le détachement et de pratiquer encore et encore la méditation profonde, jusqu’à la clarté absolue du mental.


[3.1-3.4] La concentration (dhāraṇā), fixation de l’attention sur un point unique, la méditation (dhyāna), expérience cognitive de fixation d’attention, la contemplation (samādhi), la révélation de l’essence de l’objet d’attention, forment le samyama.


[3.5-3.8] Ces pratiques sont dites internes (antaraṅga), comparées aux autres axes (aṅga). Une fois maitrisées, elles apportent ensemble connaissance (prajña) et lumière (āloka).


[3.9 – 3.14] Trois types de transformation (pariṇāma) se produiront : un état de clarté totale (nirodha-pariņāmaḥ), un état d’identification avec la totalité (samādhi-pariṇāmaḥ) et un état de concentration parfait (ekāgratā-pariṇāmaḥ), état d’apaisement dépourvu de toute agitation. Ceci expliquera la transformation notre propre nature.


[3.15 – 3.24] Si les progressions (krama) sont différentes pour chacun, selon le focus de méditation, pratiquer samyama permettra la connaissance complète (jñāna) du passé et du futur, une compréhension (jñāna) éclairée (ruta) de tout (sarva) être vivant (bhūta), une compréhension du passé, une clarté complète (jñāna) des pensées (citta) d’autrui (para), une perception juste du corps (kāya grāhya), de ce qui présage la mort (ariṣṭa), une vigueur renforcée (bala) comparable à celle d’un éléphant.


[3.25 – 3.34] Placée sur l’observation (āloka) de la totalité des activités (pravṛtti) ou de focus particuliers comme les cakras, samyama permet la connaissance (jñāna) de ce qui est subtil (sūkṣma) comme la vision parfaite (siddha-darśana) ou l’illumination universelle (Prātibhāt-vā sarvam), caché (vyavahita) l’organisation (vyūha) du corps (kāya) ou la disparition de la faim ou la soif, éloigné (viprakṛṣṭa) comme l’univers (bhuvana) ou les étoiles (tārā).


[3.35 – 3.36] Son but (le but la méditation samyama), est de distinguer l’état de pureté (sattva) et le Soi éternel (purusha). Alors adviendra une acuité perceptive (prātibha) de tout objet au-delà des sens.


[3.37 – 3.48] Si ces accomplissements (vibhūti) peuvent être des obstacles (upasarga), ils permettront d’autres capacités comme la prise de contrôle du corps d’autrui (cittasya para-śarīra-āveśaḥ), le déplacement dans l’espace (ākāśa gamanam), une acuité auditive divine (divyaṃ śrotram), une maitrise des éléments constitutifs (bhūta-jayaḥ) de la matière un corps parfait solide et gracieux (kāya-saṃpat), la maitrise des sens (indriya jayaḥ)...


[3.49 – 3.51] Si la différentiation (anyatā) de la pureté (sattva) de l’esprit et de purusha permet omnipotence (sarva bhāva adhiṣṭhātṛtvaṃ) et omniscience (sarva- jñātṛtvaṁ), il conviendra de s’en détacher (vairāgya) et de se préserver de toute posture d’orgueil (smaya), source d’attachement.


[3.52 – 3.55] Méditer (saṃyama) alors sur les fractions infimes du temps apportera une connaissance discriminatoire profonde (vivekaja jñāna) permettant de percevoir (pratipatti) l’indiscernable (pratipatti) en tout lieu (sarva viṣaya), sans interruption (akrama) avec une pureté (sattva) identique à celle de puruṣa. Ceci est la libération (kaivalya).


Pour une lecture avec les phrases sanskrites


3.1 deśabandhaḥ cittasya dhāraṇā

La concentration (dhāraṇā), c’est la fixation (bandha) de l’esprit (citta) sur un point d’attention (deśa).


3.2 tatra pratyayaikatānatā dhyānam

De cela (tatra) découle la méditation (dhyāna), expérience cognitive (pratyaya) de l’attention fixée sur un unique objet (ekatāna).


3.3 tadeva arthamātranirbhāsaṁ svarūpaśūnyamiva samādhiḥ

De cela seulement (tadeva), [découle] l’état de contemplation (samādhi), dans lequel apparaît seulement (mātra) l’essence [de l’objet] (artha) au-delà de l’imagination (nirbhāsaṁ), comme (iva) dépourvu (śūnya) de sa propre nature (svarūpa) [du mental].


3.4 trayamekatra saṁyamaḥ

Cet ensemble (ekatra) des trois pratiques [dhārāṇa, dhyāna, samādhi] est le saṃyama.


3.5 tajjayāt prajῆālokaḥ

Cela maitrisé (tajjayāt) [saṃyama], il y a alors connaissance (prajña) de la clarté (āloka).


3.6 tasya bhūmișu viniyogaḥ

Cela (tasya) en appliquant (viniyoga) ses dispositions (bhūmi).


3.7 trayamantaraṅgaṁ - pūrvebhyaḥ

Par rapport aux précédents (pūrva) [yama, niyama, āsana, prāṇāyāma, pratyāhāra], ces trois (traya) [axes] sont internes (antaraṅga).


3.8 tadapi bahiraṅgaṁ - nirbījasya

…même si (tadapi) elles restent externes (bahiraṅga) comparés à la [méditation] sans germe (nirbīja).


3.9 vyutthāna nirodha saṁskārayoḥ abhibhava prādurbhāvau nirodhakṣaņa cittānvayo nirodhapariņāmaḥ

La transformation (pariṇāma) en état de clarté totale (nirodha) [état de silence complet] est un état prolongé (anvaya) des instants de clarté (nirodhakṣaņa) du mental (citta) par suppression (nirodha) de l’agitation (vyutthāna) de la puissante (abhibhava) manifestation (prādurbhāva) des conditionnements (saṃskāra).


3.10 tasya praśānta-vāhitā saṁskārat

De cela (tad), advient (vah) un comportement (saṃskāra) apaisé (praśānta).


3.11 sarvārthatā ekāgrātayoḥ kṣayodayau cittasya samādhi-pariṇāmaḥ

La transformation (pariṇāma) en un état d’identification avec la totalité (samādhi) du mental (citta) provient (kṣaya udaya) intégralement (sarva) du résultat (artha) d’une concentration parfaite (ekāgratā).


3.12 tataḥ punaḥ śānta-uditau tulya-pratyayau cittasya-ekāgratā-pariṇāmaḥ

Le résultat (pariṇāma) de la concentration parfaite (ekāgratā) sera alors (tad) en retour (punar) un contenu (pratyaya) mental (citta) parfaitement (udita) identique (tulya) à l’apaisement (śānta).


3.13 etena bhūtendriyeṣu dharma-lakṣaṇa-avasthā pariṇāmā vyākhyātāḥ

Ceci (etena) expliquera (vyākhyāta) la transformation (pariṇāma) vers un nouvel état (avasthā), de la nature propre (dharma) et des caractéristiques (lakṣaṇa) des cinq organes de perception (bhūtendriya).


3.14 śānta-udita-avyapadeśya-dharmānupātī dharmī

Découlant (anupātin) légitimement (dharmin) de l’ordre naturel (dharma), passé (śānta), émergent (udita) et inexprimable (avyapadeśya).


3.15 kramānyatvaṁ pariṇāmānyatve hetuḥ

Des progressions (krama) différentes (anyatva) entrainent (hetu) des transformations (pariṇāma) différentes (anyatva).


3.16 pariṇāmatraya-saṁyamāt-atītānāgata jñānam

Les trois transformations (pariṇāmatraya) [nirodha pariņāmaḥ, samādhi-pariṇāmaḥ, ekāgratā-pariṇāmaḥ] produites par le saṃyama conduit à la connaissance (jñāna) du passé (atīta) et du futur (anāgata).


3.17 śabdārtha-pratyayāmām-itaretarādhyāsāt-saṁkaraḥ tat-pravibhāga-saṁyamāt sarvabhūta-ruta-jñānam

Le saṃyama permettra une compréhension (jñāna) éclairée (ruta) de tout (sarva) être vivant (bhūta) en distinguant (pravibhāga) nom (śabda) de l’objet (artha) et expérience (pratyaya) [de l’objet], dont la confusion (adhyāsa) de l’un et l’autre (itaretara) est source d’interprétation erronée (saṃkara).


3.18 saṁskāra-sākṣātkaraṇāt pūrva

Par l’observation (sākṣāt) effectif (karaṇa) des conditionnements (saṃskāra), [le samyama mènera] à la compréhension complète (jñāna) du passé (pūrva).


3.19 pratyayasya para-citta-jñānam

…[samyama] sur sa propre perception (pratyaya), à une clarté complète (jñāna) des pensées (citta) d’autrui (para).


3.20 na ca tat sālambanaṁ tasya-aviṣayī bhūtatvāt

…sans (na), par contre (ca), percevoir les fondements (ālambana) dont (tasya) l’essence (tvāt) des éléments (bhūta) est imperceptible (aviṣaya).


3.21 kāya-rūpa-saṁyamāt tat-grāhyaśakti-stambhe cakṣuḥ prakāśāsaṁprayoge-‘ntardhānam

Méditer (saṃyama) sur l’apparence (rūpa) du corps (kāya), cela (tad) conduit à la disparition (antardhāna) du lien (saṃprayoga) entre vue (cakṣus) et lumière (prakāśa), obstacle (stambha) au pouvoir (śakti) de percevoir ce qui doit être perçu (grāhya).


3.22 sopakramaṁ nirupakramaṁ ca karma tatsaṁyamāt-aparāntajñānam ariṣṭebhyo vā

La méditation (saṃyama) sur l’origine (upakrama) des actions (karman) et leurs conséquences (sopakramaṁ), conduit à de la connaissance (jñāna) du moment de la mort (aparānta) ou de ce qui la présage (ariṣṭa).


3.23 maitri-ādiṣu balāni

[La méditation (saṃyama)] sur la bienveillance (maitrī), en renforcera en premier (ādi) sa vigueur (bala).


3.24 baleṣu hastibalādīnī

Une force (bala), comparable à la vigueur (bala) d’un éléphant (hastin) vaillant (adīna).


3.25 pravṛtti -āloka-nyāsāt sūkṣmā-vyavahita- viprakṛṣṭa -jñānam

[[La méditation (saṃyama)] placée (nyāsa) sur l’observation (āloka) de la totalité des activités (pravṛtti) permet la connaissance (jñāna) de ce qui est subtil (sūkṣma), caché (vyavahita), éloigné (viprakṛṣṭa).


3.26 bhuvana-jñānaṁ sūrye-saṁyamāt

La méditation (saṃyama) sur le soleil (sūrya) permet la connaissance (jñāna) de l’univers (bhuvana).


3.27 candre tāravyūha-jñānam

La méditation (saṃyama)] sur la lune (candra) permet la connaissance (jñāna) de la position (vyūha) des étoiles (tārā).


3.28 dhruve tadgati-jñānam

Mais aussi (tad), [La méditation (saṃyama)] sur l’étoile polaire (dhruva) permet la connaissance (jñāna) de leur mouvement (gati).


3.29 nābhicakre kāyavyūha-jñānam

La méditation (saṃyama) sur le cakra (cakra) du nombril (nābhi) permet la connaissance (jñāna) de l’organisation (vyūha) du corps (kāya).


3.30 kaṇṭha -kūpe kṣutpipāsā nivr̥ttiḥ

La méditation (saṃyama) sur le fond (kūpa) de la gorge (kaṇṭha), conduit à la disparition (nivṛtti) de la faim et la soif (kṣutpipāsā).


3.31 Kūrma-nāḍyāṁ sthairyam

La méditation (saṃyama) sur le canal énergétique (nāḍī) central (kūrma) permet la constance (sthairya).


3.32 mūrdha-jyotiṣi siddha-darśanam

La méditation (saṃyama) sur la lumière (jyotis) du crâne (mūrdhan) conduit à une parfaite (siddha) vision (darśana).


3.33 prātibhāt-vā sarvam

…Ou à l’illumination (prātibha) universelle (sarva).


3.34 hrḍaye citta-saṁvit

La méditation (saṃyama) sur le cœur (hṛdaya) développe la perception (saṃvid) de l’esprit (citta).


3.35 sattva-puruṣayoḥ atyanta-asaṁkīrṇayoḥ pratyaya aviśeṣaḥ-bhogaḥ para-arthatvāt-sva-artha-saṁyamāt puruṣa-jñānam

Le but (sva artha) de la méditation (saṃyama) est de servir (arthatva) la connaissance (jñāna) de puruṣa, résultat (bhoga para) d’une cognition (pratyaya) particulière (aviśeṣa) sur la distinction (asaṁkīrṇayoḥ) entre pureté (sattva) et Soi (puruṣa) éternel (atyanta).


3.36 tataḥ prātibha- śrāvaṇa -vedana-ādarśa-āsvāda-vārtā jāyante

Alors (tad) advient (jan) une acuité particulière (prātibha) de clairaudience (śrāvaṇa), de toucher (vedana), de clairvoyance (ādarśa), de goût (āsvāda) et d’odorat (vārtā).


3.37 te samādhau-upasargāḥ-vyutthāne siddhayaḥ

Tout cela (te) [Ces résultats vibhūti vibhūti] sont des obstacles (upasarga) à l’état de contemplation (samādhi) et des réussites (siddha) pour celui tourné vers les préoccupations matérielles (vyutthāna).


3.38 bandha-kāraṇa-śaithilyāt pracāra-saṁvedanāt-ca cittasya para-śarīra-āveśaḥ

Il y a prise de contrôle (āveśaḥ) par le mental (citta) d’un autre (para) corps (śarīra) ceci par le relâchement (śaithilyāt) de ce qui provoque (kāraṇa) l’attachement (śaithilyāt) et (ca) par la complète connaissance (saṃvedana) des capacités de mouvement (pracāra).


3.39 udāna-jayāt jala- paṅka -kaṇṭaka-ādiṣu-asaṅgah-utkrāntih ca

Par la maitrise (jaya) du flux de régurgitation (udāna), le yogi ne se sera pas atteint (asaṅga) par la souillure (paṅka), l’eau (jala), des épines (kaṇṭaka) ou similaires (ādiṣu) et sera en mesure léviter (utkrāntih).


3.40 samāna-jayāt-jvalanam

Par la maitrise (jaya) du flux vital de digestion (samāna), [le yogi] rayonne (jvalana).


3.41 śrotra-ākāśayoḥ saṃbandha-saṃyamāt divyaṃ śrotram

La méditation (saṃyama) sur la relation (saṃbandha) entre audition (śrotra) et espace (ākāśa) engendre une acuité auditive (śrotra) divine (divya).


3.42 kāya-ākāśayoḥ saṃbandha- saṃyamāt-laghu-tūla-samāpatteḥ-ca-ākāśa gamanam

La méditation (saṃyama) sur le lien étroit (saṃbandha) du corps (kāya) et de l’espace (ākāśa) et (ca) l’état (samāpatti) de légèreté (laghu) d’une boule de coton (tūla) permet le déplacement (gamana) dans l’espace (ākāśa).


3.43 bahir-akalpitā vṛtti mahā-videhā tataḥ prakāśa-āvaraṇa-kṣayaḥ

De la dissipation (kṣaya) de ce qui voile (āvaraṇa) la lumière (prakāśa), procéderont alors (tad) des activités (vṛtti) externes (bahis) non fabriquées (akalpita), en l’absence de conscience du corps (mahā videha).


3.44 sthūla-svarūpa-sūkṣma-anvaya-arthavattva- saṃyama bhūta-jayaḥ

La méditation (saṃyama) sur le caractère grossier (sthūla), la nature essentielle (svarūpa), le caractère subtil (sūkṣma), les corrélations (anvaya), la signification (arthavattva) [de chaque bhūta] produit la maitrise complète (jaya) des éléments constitutifs (bhūta).


3.45 tataḥ aṇimādi-prādurbhāvaḥ kāya- saṃpat tad-dharma-anabhighātaḥ-ca

De cela (tad) adviendra (prādurbhāva) alors (tad), d’abord (ādi) la capacité de réduction (aṇiman) du corps (kāya), la perfection (saṃpad) du corps (kāya) et une insensibilité (anabhighātaḥ) aux lois universelles (dharma).


3.46 rūpa-lāvaṇya-bala-vajra-saṃhananatvāni kāya-saṃpat

Le corps (kāya) est parfait (saṃpad) dans sa forme (rūpa) il est gracieux (lāvaṇya), fort (bala) et solide (saṃhanana) tel le diamant (vajra).


3.47 grahaṇa-svarūpa-asmitā-anvaya-arthavattva-saṃyamāt-indriya jayaḥ

La méditation profonde (saṃyama) sur la perception (grahaṇa), la nature essentielle [du pratiquant] (svarūpa), l’égo (asmitā), la corrélation (anvaya) et la finalité (arthavattva) engendre une maitrise (jaya) des sens (indriya).


3.48 tataḥ manah-javitvaṃ vikaraṇa-bhāvaḥ pradhāna-jayaḥ-ca

Alors (tad), il en résulte alors une rapidité (javam) d’esprit (manas), un état d’être (bhāva) libéré des sens (vikaraṇa) et (ca) une maitrise (jaya) de la raison d’être (bhāva) de la cause primordiale (pradhāna) [le potentiel].


3.49 sattva-puruṣa-anyatā-khyāti-mātrasya sarva-bhāva- adhiṣṭhātṛtvaṃ sarva- jñātṛtvaṁ ca

Seule (mātra) la perception (khyāti) de la différentiation (anyatā) de la pureté (sattva) et du témoin (puruṣa) permet une complète (sarva) disposition (bhāva) universelle (adhiṣṭhātṛtva) et une totale (sarva) connaissance (jñātṛ).


3.50 tad-vairāgyād-api doṣa-bīja-kṣaye kaivalyam

Pourtant (api), c’est par le détachement (vairāgya) de cela (tad) [de l’omnipotence et de l’omniscience] que peut s’opérer la réduction (kṣaya) des sources (bīja) d’impuretés (doṣa) et permettre la libération (kaivalya).


3.51 tad-vairāgyād-api doṣa-bīja-kṣaye kaivalyam

Éviter (akaraṇa) toute flatterie (upanimantraṇa) de personnes importantes (sthāna) source (saṅga) d’orgueil (smaya) et cause (karaṇa) en retour (punar) non désirable (aniṣṭa) d’attachement (prasañj).


3.52 kṣaṇa-tat-kramayoḥ saṃyamāt viveka-jaṃ jñānam

La méditation profonde (saṃyama) sur le déroulement (krama) et donc (tad) chaque fraction infime (kṣaṇa) du temps apporte la connaissance (jñāna) provenant (ja) du discernement (viveka).


3.53 jāti-lakṣaṇa-deśaiḥ anyatā-anavacchedāt tulyayoḥ tataḥ pratipattiḥ

Alors (tad) il y a perception (pratipatti) des différences (anyatā) indiscernables (anavaccheda) pour ce qui est apparemment similaire (tulya), par la nature intrinsèque (jāti), les caractéristiques extérieures (lakṣaṇa) ou la situation (deśa).


3.54 tārakaṃ sarva-viṣayaṃ sarvathā-viṣayaṃ-akramaṃ-ca-iti vivekajaṃ jñānam

Et (ca) ainsi (iti), jaillit (tāraka), pour tout objet perçu (sarva viṣaya), en toute circonstance (sarvathā), instantanément (akrama), la connaissance profonde (jñāna) né du discernement (viveka).


3.55 sattva-puruṣayoḥ śuddhi-sāmye kaivalyam

C’est la libération (kaivalya), la purification (śuddhi) égale (sāmya) la pureté (sattva) du Soi (puruṣa).



Pour une lecture directe


  1. La concentration (dhāraṇā), c’est la fixation (bandha) de l’esprit (citta) sur un point d’attention (deśa).

  2. De cela (tatra) découle la méditation (dhyāna), expérience cognitive (pratyaya) de l’attention fixée sur un unique objet (ekatāna).

  3. De cela seulement (tadeva), [découle] l’état de contemplation (samādhi), dans lequel apparaît seulement (mātra) l’essence [de l’objet] (artha) au-delà de l’imagination (nirbhāsaṁ), comme (iva) dépourvu (śūnya) de sa propre nature (svarūpa) [du mental].

  4. Cet ensemble (ekatra) des trois pratiques [dhārāṇa, dhyāna, samādhi] est le saṃyama.

  5. Cela maitrisé (tajjayāt) [saṃyama], il y a alors connaissance (prajña) de la clarté (āloka).

  6. Cela (tasya) en appliquant (viniyoga) ses dispositions (bhūmi).

  7. Par rapport aux précédents (pūrva) [yama, niyama, āsana, prāṇāyāma, pratyāhāra], ces trois (traya) [axes] sont internes (antaraṅga).

  8. …même si (tadapi) elles restent externes (bahiraṅga) comparés à la [méditation] sans germe (nirbīja).

  9. La transformation (pariṇāma) en état de clarté totale (nirodha) [état de silence complet] est un état prolongé (anvaya) des instants de clarté (nirodhakṣaņa) du mental (citta) par suppression (nirodha) de l’agitation (vyutthāna) de la puissante (abhibhava) manifestation (prādurbhāva) des conditionnements (saṃskāra).

  10. De cela (tad), advient (vah) un comportement (saṃskāra) apaisé (praśānta).

  11. La transformation (pariṇāma) en un état d’identification avec la totalité (samādhi) du mental (citta) provient (kṣaya udaya) intégralement (sarva) du résultat (artha) d’une concentration parfaite (ekāgratā).

  12. Le résultat (pariṇāma) de la concentration parfaite (ekāgratā) sera alors (tad) en retour (punar) un contenu (pratyaya) mental (citta) parfaitement (udita) identique (tulya) à l’apaisement (śānta).

  13. Ceci (etena) expliquera (vyākhyāta) la transformation (pariṇāma) vers un nouvel état (avasthā), de la nature propre (dharma) et des caractéristiques (lakṣaṇa) des cinq organes de perception (bhūtendriya).

  14. Découlant (anupātin) légitimement (dharmin) de l’ordre naturel (dharma), passé (śānta), émergent (udita) et inexprimable (avyapadeśya).

  15. Des progressions (krama) différentes (anyatva) entrainent (hetu) des transformations (pariṇāma) différentes (anyatva).

  16. Les trois transformations (pariṇāmatraya) [nirodha pariņāmaḥ, samādhi-pariṇāmaḥ, ekāgratā-pariṇāmaḥ] produites par le saṃyama conduit à la connaissance (jñāna) du passé (atīta) et du futur (anāgata).

  17. Le saṃyama permettra une compréhension (jñāna) éclairée (ruta) de tout (sarva) être vivant (bhūta) en distinguant (pravibhāga) nom (śabda) de l’objet (artha) et expérience (pratyaya) [de l’objet], dont la confusion (adhyāsa) de l’un et l’autre (itaretara) est source d’interprétation erronée (saṃkara).

  18. … Par l’observation (sākṣāt) effectif (karaṇa) des conditionnements (saṃskāra), [le samyama mènera] à la compréhension complète (jñāna) du passé (pūrva).

  19. …[samyama] sur sa propre perception (pratyaya), à une clarté complète (jñāna) des pensées (citta) d’autrui (para).

  20. …sans (na), par contre (ca), percevoir les fondements (ālambana) dont (tasya) l’essence (tvāt) des éléments (bhūta) est imperceptible (aviṣaya).

  21. Méditer (saṃyama) sur l’apparence (rūpa) du corps (kāya), cela (tad) conduit à la disparition (antardhāna) du lien (saṃprayoga) entre vue (cakṣus) et lumière (prakāśa), obstacle (stambha) au pouvoir (śakti) de percevoir ce qui doit être perçu (grāhya).

  22. La méditation (saṃyama) sur l’origine (upakrama) des actions (karman) et leurs conséquences (sopakramaṁ), conduit à de la connaissance (jñāna) du moment de la mort (aparānta) ou de ce qui la présage (ariṣṭa).

  23. [La méditation (saṃyama)] sur la bienveillance (maitrī), en renforcera en premier (ādi) sa vigueur (bala).

  24. Une force (bala), comparable à la vigueur (bala) d’un éléphant (hastin) vaillant (adīna).

  25. [La méditation (saṃyama)] placée (nyāsa) sur l’observation (āloka) de la totalité des activités (pravṛtti) permet la connaissance (jñāna) de ce qui est subtil (sūkṣma), caché (vyavahita), éloigné (viprakṛṣṭa).

  26. La méditation (saṃyama) sur le soleil (sūrya) permet la connaissance (jñāna) de l’univers (bhuvana).

  27. La méditation (saṃyama)] sur la lune (candra) permet la connaissance (jñāna) de la position (vyūha) des étoiles (tārā).

  28. Mais aussi (tad), [La méditation (saṃyama)] sur l’étoile polaire (dhruva) permet la connaissance (jñāna) de leur mouvement (gati).

  29. La méditation (saṃyama) sur le cakra (cakra) du nombril (nābhi) permet la connaissance (jñāna) de l’organisation (vyūha) du corps (kāya).

  30. La méditation (saṃyama) sur le fond (kūpa) de la gorge (kaṇṭha), conduit à la disparition (nivṛtti) de la faim et la soif (kṣutpipāsā).

  31. La méditation (saṃyama) sur le canal énergétique (nāḍī) central (kūrma) permet la constance (sthairya).

  32. La méditation (saṃyama) sur la lumière (jyotis) du crâne (mūrdhan) conduit à une parfaite (siddha) vision (darśana).

  33. …Ou à l’illumination (prātibha) universelle (sarva).

  34. La méditation (saṃyama) sur le cœur (hṛdaya) développe la perception (saṃvid) de l’esprit (citta).

  35. Le but (sva artha) de la méditation (saṃyama) est de servir (arthatva) la connaissance (jñāna) de puruṣa, résultat (bhoga para) d’une cognition (pratyaya) particulière (aviśeṣa) sur la distinction (asaṁkīrṇayoḥ) entre pureté (sattva) et Soi (puruṣa) éternel (atyanta).

  36. Alors (tad) advient (jan) une acuité particulière (prātibha) de clairaudience (śrāvaṇa), de toucher (vedana), de clairvoyance (ādarśa), de goût (āsvāda) et d’odorat (vārtā).

  37. Tout cela (te) [Ces résultats vibhūti vibhūti] sont des obstacles (upasarga) à l’état de contemplation (samādhi) et des réussites (siddha) pour celui tourné vers les préoccupations matérielles (vyutthāna).

  38. Il y a prise de contrôle (āveśaḥ) par le mental (citta) d’un autre (para) corps (śarīra) ceci par le relâchement (śaithilyāt) de ce qui provoque (kāraṇa) l’attachement (śaithilyāt) et (ca) par la complète connaissance (saṃvedana) des capacités de mouvement (pracāra).

  39. Par la maitrise (jaya) du flux de régurgitation (udāna), le yogi ne se sera pas atteint (asaṅga) par la souillure (paṅka), l’eau (jala), des épines (kaṇṭaka) ou similaires (ādiṣu) et sera en mesure léviter (utkrāntih).

  40. Par la maitrise (jaya) du flux vital de digestion (samāna), [le yogi] rayonne (jvalana).

  41. La méditation (saṃyama) sur la relation (saṃbandha) entre audition (śrotra) et espace (ākāśa) engendre une acuité auditive (śrotra) divine (divya).

  42. La méditation (saṃyama) sur le lien étroit (saṃbandha) du corps (kāya) et de l’espace (ākāśa) et (ca) l’état (samāpatti) de légèreté (laghu) d’une boule de coton (tūla) permet le déplacement (gamana) dans l’espace (ākāśa).

  43. De la dissipation (kṣaya) de ce qui voile (āvaraṇa) la lumière (prakāśa), procéderont alors (tad) des activités (vṛtti) externes (bahis) non fabriquées (akalpita), en l’absence de conscience du corps (mahā videha).

  44. La méditation (saṃyama) sur le caractère grossier (sthūla), la nature essentielle (svarūpa), le caractère subtil (sūkṣma), les corrélations (anvaya), la signification (arthavattva) [de chaque bhūta] produit la maitrise complète (jaya) des éléments constitutifs (bhūta).

  45. De cela (tad) adviendra (prādurbhāva) alors (tad), d’abord (ādi) la capacité de réduction (aṇiman) du corps (kāya), la perfection (saṃpad) du corps (kāya) et une insensibilité (anabhighātaḥ) aux lois universelles (dharma).

  46. Le corps (kāya) est parfait (saṃpad) dans sa forme (rūpa) il est gracieux (lāvaṇya), fort (bala) et solide (saṃhanana) tel le diamant (vajra).

  47. La méditation profonde (saṃyama) sur la perception (grahaṇa), la nature essentielle [du pratiquant] (svarūpa), l’égo (asmitā), la corrélation (anvaya) et la finalité (arthavattva) engendre une maitrise (jaya) des sens (indriya).

  48. Alors (tad), il en résulte alors une rapidité (javam) d’esprit (manas), un état d’être (bhāva) libéré des sens (vikaraṇa) et (ca) une maitrise (jaya) de la raison d’être (bhāva) de la cause primordiale (pradhāna) [le potentiel].

  49. Seule (mātra) la perception (khyāti) de la différentiation (anyatā) de la pureté (sattva) et du témoin (puruṣa) permet une complète (sarva) disposition (bhāva) universelle (adhiṣṭhātṛtva) et une totale (sarva) connaissance (jñātṛ) omnisciente (jñātṛ).

  50. Pourtant (api), c’est par le détachement (vairāgya) de cela (tad) [de l’omnipotence et de l’omniscience] que peut s’opérer la réduction (kṣaya) des sources (bīja) d’impuretés (doṣa) et permettre la libération (kaivalya).

  51. Et éviter (akaraṇa) toute invitation (upanimantraṇa) à une posture (sthāna) source (saṅga) d’orgueil (smaya) cause (karaṇa) en retour (punar) non désirable (aniṣṭa) d’attachement (prasañj).

  52. La méditation profonde (saṃyama) sur le déroulement (krama) et donc (tad) chaque fraction infime (kṣaṇa) du temps apporte la connaissance (jñāna) provenant (ja) du discernement (viveka).

  53. Alors (tad) il y a perception (pratipatti) des différences (anyatā) indiscernables (anavaccheda) pour ce qui est apparemment similaire (tulya), par la nature intrinsèque (jāti), les caractéristiques extérieures (lakṣaṇa) ou la situation (deśa).

  54. Et (ca) ainsi (iti), jaillit (tāraka), pour tout objet perçu (sarva viṣaya), en toute circonstance (sarvathā), instantanément (akrama), la connaissance profonde (jñāna) né du discernement (viveka).

  55. C’est la libération (kaivalya), la purification (śuddhi) égale (sāmya) la pureté (sattva) du Soi (puruṣa).

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